Au nom de la dignité des hommes : pourquoi « la quenelle » est moralement condamnable

Cet article a été publié initialement sur Le Plus.

Pour la première fois, un tribunal correctionnel, en l’occurrence celui de Bordeaux, a condamné un « quenellier » pour provocation à la haine, le 2 avril dernier. Cet individu n’avait rien trouvé de mieux que de se faire prendre en photo devant la grande synagogue de Bordeaux en faisant une « quenelle » puis l’avait fièrement publiée tel un trophée sur son compte Facebook.

Ce cliché a ensuite circulé abondamment sur les sites des adeptes de Dieudonné, comme beaucoup d’autres, comme des centaines d’autres montrant d’autres individus répliquant ce geste devant d’autres synagogues, devant le mémorial de la Shoah, devant l’école Ozar ha Thora à Toulouse, devant des lieux en lien direct ou supposé avec le judaïsme.

Lors de l’enquête, les policiers trouveront sur le compte Facebook du Bordelais une photo de ce dernier, accomplissant une « double quenelle » avec un comparse, le tout devant une image d’Hitler légendée « c’est con que je me sois suicidé, j’aurais été prix Nobel de la paix ».

Anelka, star des jeunes et qui fait la quenelle…

Il n’y a plus vraiment débat sur le caractère antisémite de ce geste pour qui est un tant soit peu censé. Et pourtant, force est de constater, que certains continuent à crier haut et fort que « non, il ne s’agit pas d’antisémitisme, mais d’un geste anti-système ». Le dernier en date, Nicolas Anelka, footballeur français.

Oui, Nicolas Anelka, celui-là même admiré par des millions de jeunes, perçu comme un modèle de réussite sociale et financière. Celui-là même que personne n’a jamais vu refuser les contrats de sponsoring très rémunérateurs, symbole du football bling bling où l’argent est roi…

Rappelons qu’après avoir réalisé une « quenelle » le 28 décembre dernier après un but, il avait écopé d’une suspension de cinq matches, d’une amende de près de 100.000 euros et d’un stage éducatif.
 
Un geste antisémite, pas anti-système

Geste anti-système ? Mais quel est donc ce système qui serait dénoncé par ce geste ? Le pouvoir politique, les médias, les banques sur lesquels le peuple juif aurait toute influence selon les tenants de ce discours.

Vieille rengaine complotiste antisémite ! Le système dénoncé n’existe pas, c’est un fantasme entretenu par des esprits malades. Ce n’est rien d’autre ce que dit Nicolas Anelka quand il dit à la presse dans l’interview à MetroNews, à propos de l’engagement de Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, pour faire cesser la propagande antisémite de Dieudonné Mbala Mbala.

Il est regrettable qu’il ait porté le maillot national, tant il ne respecte pas ce qu’il symbolise. Pour lui, Manuel Valls « a été sous l’influence de sa femme (Anne Gravoin, Ndlr) sur cette affaire de quenelle ». C’est donc cela… l’épouse de l’actuel Premier ministre serait de confession juive, ce qui justifierait l’abnégation de Manuel Valls pour combattre « son frère » Dieudonné Mbala Mbala dont il oublie qu’il a été condamné à huit reprises pour des saillies antisémites.

Toujours la même chanson… le « système » signifie juif. Sans contestation possible. Le geste est antisémite. Il est soit utilisé comme un salut nazi déguisé soit pour injurier les juifs et/ou les victimes de la Shoah. Faire une quenelle, c’est mimer la sodomisation des juifs. Quand il est fait devant un mémorial de la Shoah, ce sont les victimes que l’on cherche à humilier.

Quand ce geste est réalisé devant l’école Ozar Hatorah, au sein de laquelle, trois enfants et leur enseignant ont été assassinés par Mohammed Merah en 2012, comment ne pas se révolter contre le caractère ignoble de ce que cela signifie ?

L’antisémitisme c’est l’affaire de tous

C’est la mémoire et l’honneur des déportés et des victimes que l’on salit. Six millions de victimes : des enfants, des femmes, des hommes, des vieillards. Mais c’est aussi la République qui est insultée. La Shoah, l’antisémitisme ne sont pas l’affaire seulement des juifs. C’est l’affaire de toutes et tous.

La prolifération de ces photos sur la toile, comme autant de trophées pour la Dieudosphère, sont autant d’atteinte à notre pacte républicain. L’antisémitisme, comme le racisme ne sont pas compatibles avec notre devise « Liberté, égalité, fraternité ». Ils n’ont pas leur place dans la société humaniste que nous avons choisi de construire au fil des siècles.
C’est la raison pour laquelle, en qualité de Présidente de la Licra Bordeaux & Gironde, j’ai décidé de porter plainte contre tous les auteurs de ce geste afin que la justice de notre pays le condamne pénalement comme un acte antisémite.

C’est chose faite.

Ne restons pas silencieux

Mais au-delà de cette condamnation judiciaire inédite, nous devons rappeler que, ce que signifie ce geste est moralement inacceptable. Nous devons le dire à nos enfants, aux jeunes de France bien souvent insuffisamment informés et premières victimes de la banalisation de l’inacceptable particulièrement sur la toile.

Collectivement, nous devons refuser d’accepter cette lente et insidieuse vague antisémite et raciste qui a déferlé sur les réseaux sociaux, puis dans les salles de spectacle, et enfin dans nos rues. Au nom des combats menés pour le respect de la dignité des hommes, de tous les hommes, sans condition de leurs origines, de leurs nationalités, de leur religion.

Car il s’agit bien de dignité humaine.

C’est aussi nous que cela interroge, chacun de nous. Ne choisissons pas de rester silencieux. Ne choisissons pas d’ignorer ce qu’il se passe. Ne choisissons pas la résignation. Ne détournons pas le regard. Ne choisissons pas le confort d’une citoyenneté considérée comme acquise.

Choisissons la fraternité.

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