Inauguration de la place des Justes parmi les Nations à Pineuilh

Dimanche 21 septembre à Pineuilh a eu lieu l’inauguration d’une Place des Justes en présence de plusieurs élus dont Michèle Delaunay députée de la Gironde, ainsi que du Consul d’Allemagne et du Consul du Maroc.
Cette inauguration a été organisée par les délégués régionaux du comité Français de Yad Vashem, tous deux membres de la Licra : Michel Alitenssi et Natan Holchaker, en présence de plusieurs classes de primaire de la ville de Pineuilh qui ont entonné le Chant des partisans. Cette cérémonie  a rappelé combien les Justes, ces anonymes, ont non seulement sauvé des juifs mais également l’honneur de la France.

Une plaque a été dévoilée à l’issue de la cérémonie.

Plaque des Justes de Pineuilh

Plaque des Justes de Pineuilh

Discours prononcé par Michel Alitenssi, Délégué régional du comité Français pour Yad Vashem

Évoquer les Justes parmi les Nations ne se limite pas à rappeler ce qu’ils ont accompli ni présenter ceux qui les ont désignés mais c’est revivre le passé qui nous réuni ce dimanche 21 septembre 2014 et comprendre comment nous leur rendons hommage.

I – Lorsque nous nous penchons sur les années les plus tristes et les plus sombres de notre Histoire contemporaine, soixante dix ans après les évènements qui ont eu lieu ici, nous retenons la honte et le courage, la peur et l’affection.

Joachim du Bellay écrit : «  France mère des arts, des armes et des lois – Tu m’as longtemps nourri du lait de ta mamelle. » Ces vers Michel Montaigne né si près d’ici, juif par sa mère Antoinette Louppes de Villeneuve les a lu.

Or, dans cette nation, lentement façonnée, enrichie de la pensée des grands esprits et des idéaux révolutionnaires   il faut se rappeler que quelques mois après l’armistice dès le 10 octobre 1940 il y a des français qui ne sont plus des citoyens comme les autres. Il faut se souvenir la proclamation des lois raciales qui est la suite logique de l’antisémitisme renaissant de la fin du 19ème siècle amplifié par Edouard Drumont et la marque anticipée d’une collaboration zélée de l’Etat français avec l’Allemagne nazie.

Pourquoi le simple fait d’être juifs à l’époque a provoqué cette haine froide, impitoyable, rationnelle, méthodique qui fait sombrer dans la tragédie des hommes et des femmes, des enfants et des vieillards : isolés, marqués, différenciés, exclus jusqu’à l’arrestation, la déportation, la mort. Henri Amouroux n’a-t-il pas écrit dans La vie des français sous l’occupation : «  Lorsque le troupeau a été privé de moyen de défense, on le marque avant de le massacrer ». Il faut retenir les 76 000 déportés dont 2 100 enfants. 2 500 sont revenus des camps, pas un seul enfant.

Il y a eu des hommes et des femmes qui ont résisté à leur façon en cachant, sauvant, nourrissant des fugitifs inconnus apeurés et perdus. En les accueillant chez eux ils les ont soustraits du sort hideux qui les attendait. Ils savaient quels risques ils encouraient pour eux-mêmes et leur famille au mépris de l’arrestation, la déportation, la mort.

Ici à Pineuilh nous avons récemment honoré Léon et Henriette CHIGNAC ainsi que leur fille Yvette qui ont accueilli trois des enfants COHEN dont les parents sont arrêtés en décembre 1943 pour ne plus revenir. La mère internée à Mérignac réussit à faire passer un message au fils aîné leur demandant de rejoindre Pineuilh où ils ont passé des vacances. Cachés, réconfortés, nourris, sauvés par les CHIGNAC jusqu’à la Libération. N’oublions pas qu’au cours de l’année 1944 les juifs réfugiés à Sainte-Foy-la-Grande fuient la ville que d’autres ont arrêtés et que six malheureux sont fusillés par des miliciens en août 1944.

Le maire de l’époque n’avait-il pas remis la liste de ceux qui y résidaient aux autorités ! Ce n’est qu’en 1960 qu’un fils et une fille, Michel et Elza retrouvent les Chignac.

II – En 1953 il n’y a que le jeune Etat d’Israël qui peut distinguer ceux et celles qui au péril de leur vie ont aidé et sauvé des juifs. Le législateur israélien crée l’Institut Yad Vashem pour les martyrs et les héros de la Shoah. Pour mémoire Shoah signifie catastrophe : elle n’a pas pu être évitée ! En 1963 La plus haute distinction civile est décernée à des personnes non juives qui ont préservé ces persécutés de l’acharnement de l’occupant.

La loi israélienne est très stricte, elle attribue la médaille des Justes à des civils non juifs.

Civils, il s’agit d’hommes et de femmes qui ont agi librement sans répondre à une autorité militaire ni suivre un engagement politique.

Non juifs, parce qu’il s’agit d’actes de solidarité humaine d’hommes et de femmes hors de la communauté juive qui ont sauvé et protégé ceux qui ont trouvé refuge chez eux.

Qui sont-ils ? Des agriculteurs, des professions de santé, des membres du clergé, des artisans, des industriels, des policiers, des gendarmes, des enseignants, des fonctionnaires, des domestiques, des anciens militaires et tant d’autres, venant de tous les milieux et originaires de partout.

C’est ainsi qu’au 1er janvier 2014 il est recensé 25 271 Justes dans le monde dont 3 770 en France et 360 pour l’Aquitaine.

 

III- Le légitime émoi des communautés en Franc, toutes encore meurtries par l’humiliation, la souffrance, le deuil, la peur, a été repris et réconforté par la communauté nationale qui a reconnu l’action des Justes parmi les Nations en retenant la date de la rafle du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942 pour en faire une journée nationale à la mémoire de crimes racistes et antisémites de l’Etat français.

Cette reconnaissance a trouvé sa consécration et sa place légitime au Panthéon le 18 janvier 2007 quand le Président Jacques Chirac a placé les Justes parmi les Nations, ces authentiques résistants, auprès des plus grandes figures de notre pays pour les faire entrer dans l’Histoire.

Nos institutions ont pris le relais du souvenir communautaire. Après la République, ce sont les communes qui évoquent le sauvetage de nos concitoyens dans leurs murs. Cet hommage et le rassemblement d’aujourd’hui sont des purs exemples de patriotisme et de paradigme républicain.

Pineuilhais et visiteurs quand vous passerez près de cette place, devant cette plaque vous comprendrez ceux et celles qui ont préservé la vie des autres. Vous penserez à l’exemple des CHIGNAC, des HERPE, des VERGNAUD, des JAY, des BOURDEIX qui nous guident par leur courage et leur générosité. Vous réaliserez que le rassemblement de la gratitude et du souvenir doit être invoqué ; on ne tue pas la mémoire !

La conjonction des nos parcours et de nos souffrances nous forcent et nous obligent à dire à nos jeunes, à tous les jeunes ce qui s’est passé et ce qui a été accompli. Les enfants doivent savoir ce qu’ont fait leurs pères, les enfants doivent savoir ce qui a été fait pour leurs pères.

« L’oubli est un puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle ? A la recherche du temps perdu, Marcel Proust.

PINEUILH, le 21 septembre 2014

 

Quelques images de la cérémonie

  • Discours de Michel Alitenssi Délégué régional du Comité Français pour Yad Vashem
  • Discours de François Guggenheim, vice-président du comité français pour Yad Vashem
  • Dévoilement de la plaque des Justes
  • Témoignage d'un ancien enfant caché à Pineuilh
  • Les porte-drapeaux
  • Discours de Michèle Delaunay, députée de la Gironde
  • Clothilde Chapuis Présidente de la Licra Bordeaux & Gironde , Georges Bouhana Vice-Président et Catherine Ambeau, Présidente de la commission Mémoire Histoire et Culture.
  • Clothilde Chapuis Présidente de la Licra Bordeaux & Gironde et Catherine Ambeau, Présidente de la commission Mémoire Histoire et Culture.

 

Partagez

  • Facebook
  • Twitter
  • Google Plus
  • LinkedIn
  • Email
  • Add to favorites
  • RSS